1er allié d’Israël au M-O : Le Kurdistan Indépendant ?
Une phase historique aux issues incertaines, qu’un autre Etat a connu, en 1947.
Est-ce la situation des Kurdes de Syrie qui ouvrira la voie vers
l’avènement d’‘un Etat kurde ? Ou cette configuration, inacceptable pour
les pays- et anciens empires- voisins, comme la Turquie et l’Iran,
risque t-elle de déboucher sur une nouvelle guerre régionale, à la mesure de la proclamation d’un Etat Juif, en 1948 ? Les similarités entre les deux situations sont, a priori, frappantes.
En Syrie, les Kurdes ont moins cherché à se rallier à une des deux
parties engagées dans la guerre civile qu’à parvenir à atteindre un
degré d’indépendance, jusqu’alors impensable, dans le Nord-Est du pays, où ils constituent la majorité de la population.
L’étincelle syrienne
Après être longtemps restés en marge de l’insurrection syrienne, des
groupes politiques appartenant à la minorité kurde de Syrie ont agi de
façon décisive pour revendiquer le contrôle des zones peuplées par les
Kurdes. En juillet 2012, des militants de l’opposition syrienne ont
rapporté qu’un groupe, se faisant appeler l’Armée Libre Kurde,
avait pris le contrôle de plusieurs villes dans le nord de la Syrie, à
la frontière turque, comme Amuda et Qabani. Peu d’analystes ont accordé
une grande attention à ces nouvelles, à l’époque, noyées dans la masse
d’information en provenance de la région, puisque la plupart des
observateurs se focalisaient sur ce qui apparaissait comme la désintégration du régime Assad.
Mais, aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire moderne des
Kurdes de Syrie, on voit émerger une enclave kurde qu’ils contrôlent
exclusivement. Les zones kurdes libérées sont administrées par des conseils locaux, et des porte-paroles kurdes ont indiqué qu’ils projettent de former une gouvernement provisoire kurde, au moins pour la période que durera la guerre civile, du fait même de l’absence de toute autorité centrale.
Ils ont créé leurs propres forces de police, mis en circulation leurs propres plaques d’immatriculation
et se sont débarrassés des restrictions qui pesaient, sous « l’ancien »
régime (celui d’Assad), sur leur langue et leur culture.
Les Kurdes ont, très vite, vu se dresser de nouveaux obstacles, non seulement de la part du régime Assad, qui bombarde régulièrement ces zones autonomes, mais directement, de la part des autres forces rebelles, plus précisément, les groupes Jihadistes comme le Jabhat al Nusra et l’Etat islamique en Irak et au Levant .
Les Jihadistes se préparent à combattre pour maintenir le contrôle des
zones frontalières de la Syrie avec la Turquie et l’Irak, qui permettent
l’afflux des filières d’armements qui leur sont destinées.
L’annonce de leur autonomie, en fin juillet 2013, a suivie de près la
reconquête de la ville multi-ethnique de la frontière syrienne de Ras al Ayn,
jusque-là aux mains des rebelles du Front Al Nusra, appartenant à Al
Qaeda. Le groupe extrémiste sunnite a tenté d’imposer une forme stricte
d’Islam sur une population kurde bien plus modérée. Les affrontements
entre les hommes armés kurdes et les Islamistes, appartenant au front Al
Nusra et à l’Etat Islamique en Irak et au Levant, ont fait, au cours de
ces dernières semaines, des centaines de victimes des deux côtés (on
parle de 80 combattants kurdes tués, pour 800 Jihadistes, mais cela reste difficile à vérifier).
Les commandants kurdes accusent, également, les commandants du courant principal de l’Armée Libre Syrienne
d’envoyer des combattants, pour gonfler les forces des groupes affiliés
à Al Qaeda, faisant ainsi allusion à la possibilité d’une mini-guerre
dans la guerre civile, entre Arabes et Kurdes.
Elle pourrait, aussi, servir au régime Assad et au Hezbollah,
alimentant ce conflit interne pour se maintenir au pouvoir sur les
territoires contrôlés par les partisans de l’axe irano-syrien. Cette “Solution -transitoire- à Trois Etats” en Syrie, ne serait pas, nécessairement, la panacée, alimentant un conflit complexe à durée illimitée…
Les zones frontalières ne sont pas moins importantes pour les Kurdes.
Pour eux, le contrôle de ces régions signifie qu’il peut exister une continuité territoriale entre le Kurdistan syrien, irakien, turc et éventuellement iranien
– qui soit la condition nécessaire (et non suffisante) pour dessiner
les contours d’un Kurdistan, progressivement, indépendant et unifié.
Dès juillet 2013, les Jihadistes ont mené une série d’attaques contre
les villes kurdes. Ils ont assassiné un dirigeant kurde respecté, Issa
Hassou, en piégeant une voiture. Les forces kurdes ont rapidement réagi,
et, à la suite de batailles importantes contre les Jihadistes, ont reconquis des territoires perdus et étendu leur contrôle sur de nouvelles zones.
L’effet-Domino.
Le bruit des combats entre les Kurdes syriens et les Jihadistes est
rapidement remonté aux oreilles de leurs frères d’Irak. Le Président du
Kurdistan irakien, Massoud Barzani est furieux. Il a
entendu des rumeurs de pillages des villages kurdes et de prises
d’otages par centaines (on parle de 700 otages kurdes aux mains des
Islamistes). Par conséquent, pour la première fois depuis le
commencement de la guerre civile syrienne, Barzani a clairement menacé d’intervenir pour protéger les Kurdes syriens.
Massoud Barzani
Il a déclaré que si les Kurdes étaient « sous la menace du terrorisme
et de mises à mort », alors le Kurdistan irakien devait se préparer à
aller les défendre. Barzani a accusé Al Qaeda d’être responsable des
meurtres de femmes et d’enfants kurdes innocents et a exhorté les partis
kurdes à se mettre en route pour la Syrie – « Le Kurdistan
occidental », comme il l’a désigné – afin de vérifier la véracité de ces
informations.
PJAK Kurde d’Iran
Immédiatement après la déclaration de Barzani, ce sont les Kurdes iraniens
qui ont annoncé, également, qu’ils étaient prêts à se battre. La
branche iranienne liée au Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), connue
sous le sigle du PJAK (Parti Kurde pour une Vie Libre) a affirmé se préparer à envoyer des hommes de troupe rejoindre leurs « frères kurdes dans la lutte contre les Jihadistes ».
.
Parallèlement, les cercles dirigeants kurdes en Syrie tentent de
convaincre les jeunes combattants kurdes qui ont rejoint des groupes
jihadistes, au début de l’insurrection contre Assad, de réintégrer les milices kurdes,
ou des unités kurdes au sein de l’Armée Syrienne Libre (ASL). Les
Ulemas kurdes ont diffusé une « Fatwa » en forme d’appel à leur
intention. Un groupe de ce genre, la Brigade du Front Kurde, s’est formé
aux tous débuts de la révolte syrienne contre Assad et fonctionne comme
partie intégrante de l’ASL.
A tel point que le Premier Ministre irakien, Nuri al-Maliki, allié
implicite ou/et explicite de l’Iran et d’Assad, a exprimé ses
préoccupations au sujet de cette situation en voie de détérioration
rapide. Il a déclaré qu’un conflit ethnique se ferait au détriment des
intérêts de tous, dans la région, signifiant ainsi que l’Irak ne
permettrait pas l’instauration d’une entité kurde unifiée sur ses frontières.
La Turquie menace d’intervenir.
Un autre groupe kurde syrien, le Parti de l’Union Démocratique (PYD en kurde), a instauré, au Kurdistan syrien, ce qu’il désigne comme des « Unités de Défense Populaires »,
qui combattent les Jihadistes. Le PYD est unique, parmi les divers
groupes kurdes syriens, pour une raison importante : il entretient des
relations historiques avec le Parti des Travailleurs Kurdes (PKK), que
la Turquie et les Etats-Unis considèrent comme une organisation
« terroriste ».
Les Turcs qui sont en guerre avec le PKK depuis des décennies, mais
ont récemment signé un accord de cessez-le-feu, observent les évolutions
en Syrie avec une inquiétude croissante. « Il y a seulement une
semaine, nous avions déjà 400 kms de « frontière kurde », écrit un éditorialiste du quotidien turc Hurriyet. « Aujourd’hui, ce sont 800 kms supplémentaires qui s’y sont ajoutés ».
Le gouvernement turc a diffusé un brusque avertissement : “Nous ne
permettrons pas à un groupe terroriste d’établir des camps
d’entraînement dans le nord de la Syrie et de menacer la Turquie ».
Le Premier Ministre Truc Recep Tayyip Erdogan a fait savoir
clairement que la Turquie prendra toutes les mesures nécessaires contre
une présence “terroriste” dans le Nord de la Syrie.
En attendant, il est plus que probable que les liens tissés entre Ankara et l’ASL,
à travers les Frères Musulmans, soutenus par le Qatar, y compris ses
branches les plus radicales, occupent le terrain de la guerre contre les
Kurdes, de façon à éviter une intervention directe.
Ainsi, le commandant Hadji Ahmad, du Front Kurde, a déclaré à l’agence de presse kurde Firat News que ses combattants ont tué deux membres des services secrets turcs (MIT)
dans les deux derniers jours d’affrontements (entre le 16 et le 18
août), dans la région de Sad Shahab où se trouvent les villages kurdes.
Les noms des deux membres du MIT devraient être dévoilés dans les
prochains jours, a dit le commandant d’al-Akrad, soulignant que la
présence de ces personnes est la preuve du rôle de la Turquie dans les
attaques visant les Kurdes.
Erdogan a formulé un avertissement personnel, lors d’une rencontre à
Istanbul avec ses chefs du renseignement et le dirigeant du PYD, Saleh
Muslim. La convocation de cette réunion a pris effet juste après que
Muslim ait déclaré son intention de créer un Conseil indépendant dans les « zones libérées » du Kurdistan.
Les Turcs sont profondément préoccupés du fait que l’émergence d’un
“Grand Kurdistan” n’est plus seulement une possibilité lointaine, mais
une quasi-réalité sur le terrain. Cette situation de fait pose d’énormes
défis, non seulement à la Turquie, mais aussi pour tous les autres
états disposant de vastes populations kurdes : l’Irak, la Syrie et
l’Iran. Ils ont en commun d’être, également, des ennemis traditionnels
d’Israël.
Des intérêts concurrents
Pour le moment, entre le Gouvernement Régional du Kurdistan Irakien
et la zone autonome de Syrie, une relation d’interdépendance s’est
construite. « Les Kurdes syriens ont besoin du GRK comme médiateur et
profondeur stratégique, et le GRK a besoin des Kurdes syriens, dans le
but de se transformer en centre national pour tous les Kurdes, autant
que pour obtenir un meilleur débouché sur la mer ».
Bien que ce soit le GRK qui fixe l’agenda pour les Kurdes de Syrie et
non l’inverse, l’extension de l’autonomie en Syrie affectera
nécessairement les calculs stratégiques d’Irbil (la capitale du
Kurdistan irakien).
D’après le journaliste kurde Ayub Nuri, l’autonomie des Kurdes de
Syrie renforce la probabilité que le GRK s’oriente vers une déclaration
officielle d’indépendance. « Les voisins sont hostiles à cette idée et
ils sont puissants sur le plan militaire. Mais si les Kurdes syriens
consolident leur autonomie et dirigent leurs propres territoires, cela
ne fera que rapprocher le Kurdistan irakien de son indépendance
effective ». Le fait de savoir que la frontière occidentale du Kurdistan
irakien est partagée avec une administration amicale de même culture et
obédience, et non une armée hostile, pourrait apporter au GRK une sens
plus affirmé sa propre sécurité, alors qu’il soupèse cette option avec
prudence.
En public, les dirigeants kurdes parlent de leur avenir au sein d’un
Irak unifié. « Nous croyons en la constitution de l’Irak et ne nous en
écarterons pas », a déclaré le Chef d’Etat-Major de Barzani au
conseiller-adjoint à la sécurité nationale du Président Obama. Mais les
experts pensent qu’ils attendent simplement la bonne occasion pour se
déclarer indépendants à l’égard de Bagdad…
Le Kurdistan est un territoire-passerelle potentiel
pour la plupart des conflits en cours au Moyen-Orient. Il fournit une
route terrestre pour le Kurdistan irakien, qui approvisionne les Kurdes
de Syrie, au fur et à mesure de leur quête d’une plus grande autonomie à
l’égard de Damas.
L’Iran, également, recherche un couloir pour approvisionner ses supplétifs comme le Hezbollah au Liban
et une garantie de relative domination chi’ite à Bagdad. Quel que soit
le pouvoir qui sera en mesure de contrôler la zone des trois frontières
entre l’Irak, la Syrie et la Turquie, il sera aussi en mesure de
contrôler les couloirs d’approvisionnement du Kurdistan.
Avec tous ces intérêts concurrents en tête, il est facile de comprendre pourquoi le destin du Kurdistan contribuera à façonner l’avenir du Moyen-Orient.
Par Marc Brzustowski.
Sources : timesofisrael.com : Un Kurdistan Libre et un Nouvel allié d’Israël se profile t-il à l’horizon ?
Col. (ret.) Dr. Jacques Neriah, CJPA, 15 août 2013
Vol. 13, No. 23 15 août 2013, jcpa.org :
L’éveil Kurde en Syrie va t-il mener à une guerre régionale ?-The
Kurdish Awakening in Syria : Could It Lead to RegiWar ?







